Aujourd’hui encore, l’univers des camps mis en place par les nazis pendant la seconde guerre mondiale reste une source d’art inépuisable, par ailleurs n’oublions pas que les camps ont été créés dès 1933 lors de l’arrivée au pouvoir d’Hitler et qu’ils ont été créés afin de faire travailler massivement et de tuer massivement tous ceux qui étaient considérés comme étant des sous hommes, c’est-à-dire principalement les juifs mais aussi les Tziganes, les homosexuels et les malades mentaux. L’art a été mis à contribution autant durant la seconde guerre mondiale dans les camps de concentration tel que Ravensbruck et d’extermination comme celui de Treblinka, que pendant les années qui ont suivi cette guerre d’anéantissement. Cet événement a nourri l’inspiration d’artistes qui ont vécu les horreurs des camps mais également celle d’artistes qui n’ont pas été déportés. Ces artistes, tels que Jorge Semprún, David Olère ou encore Alain Resnais se sont exprimés à travers différents types d’art, du récit autobiographique à la peinture, en passant par la bande dessinée, le documentaire et le roman ainsi que l’art cinématographique. De multiples oeuvres ont été créées depuis la seconde guerre mondiale et elles ont répondu à des fins différentes. Nous nous demanderons pourquoi les camps de concentration sont omniprésents dans l’art depuis la seconde guerre mondiale. Nous nous concentrerons tout d’abord sur les artistes qui ont vécu dans les camps puis nous aborderons la persistance de ce thème chez des artistes n’ayant pas connu l’univers concentrationnaire.

Jorge Semprún

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Jorge Semprún Maura, né le 10 Décembre 1923 à Madrid, en Espagne, et décédé le 7 Juin 2011 à Paris, est un écrivain, scénariste et homme politique espagnol. Il est issu d’une famille de la grande bourgeoisie espagnole. De début 1937 à Février 1939, son père représentant la République espagnole aux Pays-Bas, Jorge est scolarisé dans un lycée local. Sa famille s’installera définitivement en France en 1939. Jorge Semprún termine alors ses études au lycée Henri IV, à Paris. Il commence par la suite des études de philosophie à la Sorbonne. Il rejoint la Résistance. En septembre 1943, Jorge Semprún est arrêté par la Gestapo à Joigny et, après un séjour à la prison d’Auxerre, déporté au camp de concentration de Buchenwald. Après la période de quarantaine dans le Petit Camp, il est affecté par l’organisation communiste clandestine du camp à l’ Arbeitsstatistik (l’administration du travail), sans toutefois entrer dans la catégorie des détenus privilégiés (Prominenten). Il est chargé d’organiser des activités culturelles pour les déportés espagnols. Il y retrouve d’ailleurs le sociologue Maurice Halbwachs, et assiste à sa mort en lui récitant des vers de Baudelaire. Le camp est libéré le 11 Avril 1945, Jorge Semprún est de retour à Paris à la fin du mois. Comme tous ses co-détenus, l’expérience des camps a été une période importante de sa vie, gravée dans son esprit. Il se met donc à écrire ce qu’il y a vécut, mais se rend vite compte que son travail le met en danger. Pour ne plus penser à ce qu’il s’est passé pendant sa déportation, il décide alors d’y mettre fin. Ce n’est que 20 ans plus tard, en 1963 qu’il écrira son premier roman-témoignage, qui traitera de son voyage dans le train jusqu’à Buchenwald, Le grand voyage, et en 1994 son expérience dans le camp, L’écriture ou la vie.

Jorge Semprún

David Olère

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David Oler est un artiste peintre et un sculpteur juif, d’origine polonaise, né le 19 Janvier 1902 à Varsovie, en Pologne et mort le 21 Août 1985 à Noisy-le-Grand, en France. A l’âge de 13 ans il développe un talent particulier pour la peinture et entre dans l’école des Beaux-Arts de Varsovie. Puis en 1918, âgé de 16 ans il quitte son pays natal grâce à une bourse pour l’Allemagne et en 1921 il est engagé par Ernst Lubitsh pour travailler à l’Europäische Film Allianz (Alliance européenne du Film) à Berlin en tant que peintre, sculpteur et décorateur. En 1923 il s’installe dans la ville de Paris et plus précisément à Montparnasse où il travaille de nouveau dans le cinéma en tant qu’affichiste à Paramount Pictures mais il enseigne également à l’académie de la « Grande Chaumière ». Par la suite, en 1930, il épouse Juliette Ventura avec qui il aura un fils prénommé Alexandre. En 1937 il est naturalisé français sous le nom de David Olère et lui et sa famille déménagent à Noisy-le-Grand, dans la banlieue parisienne. Il est mobilisé en 1939 puis démobilisé en 1940, époque où il perd son emploi puisque Paramount a fermé pour cause de guerre. Il ne réussira pas à retrouver de nouveau travail à cause de son statut de juif dans la France occupé sous le régime de Vichy. Le 20 Février 1943 David Olère est arrêté à son domicile lors d’une rafle par la police française. Il sera interné à Drancy puis déporté à Auschwitz le 2 Mars. Il sera choisi pour faire partie des Sonderkommando (le commandement spécial), ce rôle consistait à ramasser les cadavres de la chambre à gaz, de leur retirer leurs objets de valeurs, de les transporter dans le crématoire III de Birkenau afin de brûler les corps dans les crématoires. David Olère échappe à la mort en calligraphiant des lettres de SS destinés à leurs familles. Le camp est évacué le 25 Janvier 1945, puis il survit à la « Marche à la Mort » jusqu’au camp autrichien Ebensee, libéré par les Américains le 6 Mai. De retour à Noisy-le-Grand il ne créera des oeuvres d’art que dans le seul but de témoigner de l’horreur des camps et d’exorciser son vécu.

David Olère

Georges Hyvernaud

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Georges Hyvernaud est un poète et un écrivain français, né le 20 Février 1902 à Saint-Yrieix-sur-Charente près d’Angoulême et mort le 24 Mars 1983 à Paris. Il passe d’abord une enfance monotone en Charente, puis ses parents déménagent à Ruelle-sur-Touvre. Par la suite il devient un élève brillant au collège, puis en 1918 il intègre l’école normale d’instituteurs d’Angoulême. Il devient cacique ( reçu premier au concours d’entrée ) en 1922 du concours de l’Ecole Normale Supérieur de Saint-Cloud et deux ans plus tard il en sort major. Cependant après son service militaire à Saint-Maixent, Georges Hyvernaud enseigne l’Ecole normale à Arras de 1926 à 1934 et envoie des articles et des comptes rendu littéraires à des revues parisiennes. En 1934 il est muté à Rouan pour enseigner l’Ecole normale, où il restera jusqu’en 1939. Par ailleurs c’est en 1936 qu’il épouse la professeur d’anglais Andrée Derome, rencontrée à Arras, avec laquelle il aura une fille en 1937 et c’est cette même année que décède son père. Lors de la seconde guerre mondiale, et plus précisément durant l’année de 1940, Georges Hyvernaud sera fait prisonnier dans le Nord de la France puis il sera détenu dans des oflags en Poméranie pendant cinq ans. Après la guerre, il publie un texte : Lettre à une petite fille, et deux livres La Peau et les Os (1949) et Le Wagon à vaches (1953) inspirés par son expérience de la captivité et par son retour à la liberté. Les romans furent très critiqué, il décida donc d’abandonner l’écriture et se consacra à l’enseignement de l’école normale d’instituteurs de la Seine jusqu’à sa retraite. Ses oeuvres ne seront reconnu qu’après sa mort en 1983.

Georges Hyvernaud

Robert Desnos

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Robert Desnos est un poète français, né le 4 Juillet 1900 à Paris et mort du typhus le 8 Juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie. Il rejoint le mouvement surréaliste en 1922, mais n’y reste pas longtemps puisqu’il le quitte quand Breton veut l’orienter vers le Communisme, dans les années 1924-29. Il devient rédacteur publicitaire et participe dès 1934 au mouvement frontiste. Il participe à la Résistance en écrivant des articles , il sera arrêté par la Gestapo le 22 Février 1944, puis sera enfermé à la prison de Fresnes dans laquelle il restera jusqu’au au 20 Mars. Desnos est par la suite transféré au camp de Royallieu à Compiègne. Un convoi de mille sept-cents hommes est déporté vers Buchenwald le 27 Avril 1944. Parmis ces hommes se trouve Robert Desnos. Son séjour est de courte durée, puisque arrivant au camp le 12 Mai, il doit de nouveau le quitter deux jours plus tard pour Flossenburg. Les 2 et 3 Juin, parmi un groupe de quatre-vingt hommes, il est acheminé vers le camp de Floha en Saxe. Mais sous la pression des alliés, le kommando du camp est évacué le 14 Avril 1945. Les prisonniers sont divisés en deux groupes : les plus épuisés – dont Desnos – sont acheminés jusqu’au camp de concentration de Theresienstadt, les autres sont abandonnés à eux-mêmes. Dans ce camp, Desnos est envoyé à l’infirmerie où le typhus fait rage. Le 8 Mai 1945, les libérateurs (les partisans tchèques et l’Armée rouge) pénètrent dans le camp. Desnos n’est plus qu’un matricule, vêtu de l’habit rayé de déporté, tremblant de fièvre. Plusieurs semaines après la libération, il tombe dans le coma, puis décède le 8 Juin 1945.

Robert Desnos

Max Jacob

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Max Jacob est un poète, romancier, essayiste, épistolier et peintre français né le 12 Juillet 1876 à Quimper et mort le 5 Mars 1944 dans le camp de Drancy. Après une enfance passée dans sa ville natale, il s’installe à Paris où il se fait de nombreux amis, dont Picasso, Braque et Apollinaire. Max Jacob est juif de naissance et se convertit au catholicisme. Le 24 Février 1944, il est arrêté par la Gestapo dans la commune de Saint-Benoît-sur-Loire, après quoi il est directement déporté au camp de Drancy. Il y meurt d’épuisement deux semaines plus tard.

Max Jacob